Sacha Thiel

Portrait
  • Nom: Thiel
  • Prénom: Sacha
  • Pays: France

Peux-tu en quelques lignes dresser un autoportrait ?

J'ai 36 ans. Je vis maritalement en Alsace depuis 3 ans. Je suis technicien de maintenance en automatisme en informatique industrielle dans une société fabricant de matériel de protection électrique. Depuis mon plus jeune âge je fabrique des objets (en général des « armes ») tel que arcs, flèches, nunchakus, shurikens, lance-pierres, boomerangs, poignards en bois ou en métal. Je m'inspirais des films ou séries télé que j'avais pu voir. J'aime les arts martiaux en général et j'ai pratiqué le karaté et la boxe anglaise durant plusieurs années mais aussi le cyclisme et le tir à l'arc. Aujourd'hui je fait du tir à l'arme de poing de gros calibre (357 mag). Ce goût pour les objets réalisés soi-même me vient de mon grand-père qui avait toujours un cadeau fait de ses mains à m'offrir quand je lui rendais visite. Je reprend donc un peu le flambeau aujourd'hui en réalisant des couteaux uniques. Je suis un autodidacte. Personne ne m'a montré ou appris. J'essai de suivre ma logique afin d'arriver à mes fins dans la plupart des domaines.

Comment as-tu découvert le balisong et pourquoi apprécis tu ce type de couteau ? Comment en es-tu venu à produire des balis ?

J'ai eu des balis quand j'étais adolescent mais les formes des balis bas de gamme ne m'ont jamais attiré. C'est Tuan Luong qui m'a contacté pour une première collaboration et m'a fait découvrir les innombrables possibilités artistiques qu'offrent ce type de couteau. Je trouve que c'est un outil formidable; on peut l'ouvrir et le fermer d'une main, il est très solide, très polyvalent et malgré mes opinions négatives du début je trouve qu'on peut faire des choses très originales et néanmoins jolies et efficaces.

Quelle est ta source d'inspiration, ta muse ?

Ma compagne aimerait probablement que je dise qu'elle est mon unique source d'inspiration mais non... je surf beaucoup sur les sites de coutelier US; je me sens plus proche de leurs productions que des couteaux régionaux français (certainement par manque de culture). J'ai encore du mal à définir un style qui sortirait du lot et qui caractériserait ce qui me plaît ou non. Mais en ce qui concerne les balisongs je pense que mon coutelier préféré en randy Doucette. Il arrive à mettre une fluidité dans les lignes de ces papillons qui me sidère à chaque fois que je découvre un de ses nouveaux modèles.

Le balisong est-il un couteau qui te permets de t'exprimer artistiquement? Trouves-tu qu'il le permette plus qu'un autre pliant ?

Bien qu'il soit nativement un excellent couteau, un bali me plaît surtout lorsqu'il résulte d'une grande recherche artistique; et je trouve qu'il oblige à faire des efforts artistiques et techniques (position et taille des entretoises et des axes) plus importants que pour un pliant classique.
Néanmoins, la dimension réduite des platines en largeur implique un travail plus minutieux (insert) et nécessite du matériel plus pointu.

Quels matériaux (types d'acier, titane, g10, laiton, bois....) préfères-tu pour les lames et pour les branches? Quelles sont les raisons de ces préférences ?

Je n'utilise que des aciers inoxydables parce que pour moi ce sont les meilleurs. Ils offrent un pouvoir de coupe incomparable et ne sont pas altérés par l'oxydation lors d'un usage courant. Vu la qualité des aciers industriels disponibles aujourd'hui (D2, RWL34, CPMS30V) sur le marché, je ne vois aucun interet à forger une lame. Pour les platines de balis ( mais aussi les autres pliants) j'utilise exclusivement du titane. C'est solide, léger, ne craint pas l'oxydation, peut être anodisé, microbillé et bien poli, ça laisse un état de surface des plus agréable a l'oeil et au toucher.
J'ai fait quelques manches de couteaux avec des bois exotique et parfois stabilisés mais je tend à ne plus utiliser que les matériaux synthétiques que sont le G10, le micarta ou la fibre de carbone. Contrairement au bois ils ne souffrent d'aucun retrait dimensionnel avec l'humidité ou la température, sont imputrescibles, très solides et permettent des épaisseurs plus réduite qu'avec le bois dont le fibre ne sont pas croisées et enchevêtrées.

Utilises-tu des machines à commande numériques ou fais-tu l'intégralité de ton travail manuellement ? Qu'apporte selon toi l'utilisation de machines à commandes numériques ?

Voici la liste de mon équipement :

  • Une scie à main.
  • Une scie a ruban pour le bois uniquement
  • Une petite ponceuse lapidaire avec grain fin
  • Une grosse ponceuse lapidaire
  • Un bac de microbillage avec compresseur
  • Un backstand (roue de 250 mm avec variateur de vitesse fait maison)
  • 2 tourets a meuler qui ne me servent à rien
  • 2 perceuses d'établi 350W qui me servent beaucoup
  • Un jeu de lime aiguille + quelques lime demi-rondes de tailles variable
  • Une fraiseuse SB20BFN. 1kW. Table croisée à mouvement manuels
  • Un Dremel avec divers embouts
A mon travail je peux utiliser occasionnellement une grosse fraiseuse et un tour à métaux (pour réaliser des axes de lames de pliants) mais chuuutt ! personne ne doit savoir.
J'aimerai pouvoir utiliser une fraiseuse à commande numérique afin de réaliser de belles découpes en courbes, mais aujourd'hui, c'est financièrement hors de ma portée.
Je ne rejette pas l'utilisation de machine de ce type car pour moi seul le résultat compte. L'utilisation et la maîtrise d'une machine complexe n'enlève rien à la qualité d'un couteau... Au contraire. Ca permet une plus grande précision d'usinage, donc un gain de temps. Néanmoins je n'associe pas commande numérique et grande série; seul le coté qualitatif m'intéresse dans ce genre d'instrument.

Utilises tu un bali en EDC ?

Non, parce que je n'ai pas encore eu le temps de m'en faire un perso.

Est-ce que tu flippes le balisong ?

Rarement. Je ne fais que le flip de base ouverture-fermeture. Je ne jongle pas !

Comment décrirais tu tes créations ?

Comme l'a bien dit Tuan, je suis un artisan High tech . J'aime les couteaux modernes mais je veux qu'il soit bien réalisé. Je suis un peu perfectionniste et parfois ça me ralenti considérablement dans mon travail.
J'aime les ajustages au 1/1000 de millimètre et les finitions impeccables.

Quel conseil pourrais tu donner à un coutelier amateur ou professionnel qui veut commencer à réaliser des balisongs ?

Faire un stage chez moi. ;)
Non, plus sérieusement je ne pense pas qu'un bali soit plus difficile à réaliser qu'un liner lock. Il demande néanmoins plus de travail de réflexion, d'ajustage, de réglage et de finition. Un professionnel pourra faire ça sans problème mais je déconseille cet exercice à un coutelier débutant.

Comment penses tu que le monde du Bali va évoluer dans le futur ?

J'aimerai bien mais les pouvoirs publics semblent en décider autrement ; je pense notamment l'interdiction récente de porter un bali en Belgique. D'après moi, si la demande diminue, les offres vont suivrent et ça n'invite pas un couteliers a créer un couteau qu'il aura du mal à vendre ou qui le met dans une position délicate par rapport à la loi. L'exposition des balis est interdite dorénavant dans certain salons.

Merci Sacha d'avoir pris le temps de répondre à nos questions.